Ada Lovelace et la science poétique

Ada Lovelace était la fille unique de l’illustre poète Lord Byron et de la mathématicienne Annabella Byron. Née au début du 19e siècle d’un mariage très malheureux, Ada n’a jamais connu son père et fut encouragée très tôt par sa mère à se détourner de son imagination pour se consacrer aux choses de la raison. Soucieuse d’éloigner sa fille de la poésie, elle lui attribue d’innombrables tuteurs qui lui donnent une éducation approfondie dans le domaine des sciences et des mathématiques. Et à l’âge de 12 ans, Ada décide d’apprendre à voler ! Elle étudie alors scrupuleusement les oiseaux, construit des ailes de toutes sortes, et en vient même à rédiger un mémoire sur ses découvertes qu’elle intitule “Flyology”.

Ada Lovelace

La rencontre avec Charles Babbage

Mais c’est à 17 ans qu’elle fait une rencontre déterminante : sa tutrice, Mary Sommerville (à qui il conviendrait d’écrire un article digne de ce nom !), lui présente Charles Babbage, un mathématicien renommé qui vient de conceptualiser une machine qu’il appelle “la machine à différences”. Cette machine a pour vocation de calculer automatiquement des tables de nombres, ce qui fascine la jeune Ada Lovelace. Elle se lie d’amitié avec Babbage avec qui elle entretient une étroite correspondance et travaille régulièrement.
Lorsque Babbage entreprend la conception d’une seconde machine, la machine analytique, Lovelace entrevoit son potentiel véritable. Cette machine à vapeur constituée de roues et d’engrenages devait être capable de réaliser des calculs à l’aide d’instructions inscrites sur des cartes perforées. Traduisant un article consacré à ce dispositif, Lovelace y adjoint une série de notes qui la rendront célèbre. En effet, elle y décrit avec précision le fonctionnement d’un quasi-ordinateur et rédige le premier algorithme de l’histoire, permettant de calculer les nombres de Bernoulli et nécessitant de programmer la récurrence.
Surtout, Lovelace eut une intuition inouïe : elle pressent que ce genre de machine doit être capable non seulement de manipuler les nombres, mais aussi les symboles. Pour elle, il doit être possible de transcrire n’importe quelle donnée en donnée numérique, et donc de les faire manipuler par la machine.

Malheureusement, Babbage et Lovelace sont dans l’incapacité de réaliser leur dispositif, trop coûteux. Leurs travaux tombent alors dans l’oubli, tout du moins jusqu’à l’apparition des premières machines programmables, un siècle plus tard.

Ada Lovelace et la “science poétique”

En avance sur son temps, Ada Lovelace est souvent considérée comme la première “programmeuse”. Mais ce qui est intéressant avec ce personnage, c’est que par-delà son éducation, Ada ne s’est jamais complètement détournée du monde de l’imagination et de la poésie. Bien au contraire, elle en a fait un élément déterminant dans sa compréhension du monde. Elle croyait en l’importance de l’intuition et aux vertus de ce qu’elle appelait la “science poétique”. Et comme c’est elle qui en parle le mieux, je lui laisse le mot de la fin :

“La science des mathématiques montre ce qui est. Elle est le langage qui décrit les relations invisibles entre les choses. Mais pour utiliser et exercer ce langage, nous devons être capable d’apprécier, de ressentir pleinement l’invisible et l’inconscient. L’imagination aussi est capable de montrer ce qui est, de montrer ces choses qui se cachent derrière nos sens. Et c’est pour cela que le vrai scientifique doit la cultiver, s’il veut être capable de plonger dans les mondes qui l’entourent !”

(Extrait traduit de Ada, the Enchantress of Numbers: A Selection from the Letters of Lord Byron’s Daughter and Her Description of the First Computer de Betty A. Toole)