Interview de Vincent Robert

Vincent Robert est professeur de mathématiques et de NSI (Numérique et Sciences Informatiques) au lycée Louis Pasteur à Avignon (84).

La refonte des programmes de mathématiques dans le secondaire a incité Vincent à concevoir et proposer de nouveaux projets de programmation à ses élèves de seconde. Il a également créé un site internet pour faire découvrir la spécialité NSI, encore assez peu connue par les lycéens.

Je remercie Vincent Robert d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et de me présenter les différents supports pédagogiques qu’il développe.

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Quand et pourquoi avez-vous eu l’idée de créer un devoir maison sur le thème “les mathématiques sont belles” ?

J’aime bien profiter des devoirs à faire à la maison pour tester de nouvelles approches pédagogiques, c’est un cadre qui s’y prête bien !

J’ai profité de la réforme du programme du lycée ainsi que de l’introduction du langage Python dans le secondaire pour imaginer mon devoir maison “les mathématiques sont belles”. Ce dernier mêle créativité, recherche et utilisation concrète et visuelle des mathématiques. C’est au printemps 2020 que je l’ai proposé pour la première fois à une de mes classes de seconde !

Ce devoir a un double objectif. D’une part, ce travail a une visée pédagogique, il permet aux élèves de s’impliquer personnellement et de travailler les mathématiques et éventuellement l’algorithmique autrement que dans le cadre d’un cours classique. D’autre part, ce devoir me permet également de repérer les élèves qui n’osent pas demander la spécialité NSI alors qu’ils ont un réel potentiel et la possibilité de s’épanouir dans cette voie.

Pourquoi proposez-vous ce devoir maison à des lycéens en seconde plutôt qu’à des lycéens en terminale ?

Je propose ce devoir à des élèves de seconde tout d’abord car je n’ai que ce niveau en enseignement de mathématiques pures. Par ailleurs, la seconde est l’année de la découverte du langage Python. Cette première initiation n’est pas toujours évidente et peut parfois faire peur aux élèves. Je voulais imaginer un support et un travail plus convivial, qui donne du sens et que l’algorithme aboutisse à un rendu graphique. C’est une manière de désacraliser le côté parfois complexe du langage Python et de prouver aux élèves qu’ils en sont capables.

Je pense éventuellement à adapter ce devoir pour les terminales NSI l’année prochaine mais sous un format différent.

Quelle est la réaction des élèves de seconde quand vous leur proposez ce devoir maison ?

Dans un premier temps, je pense qu’ils sont déstabilisés par ce sujet… C’est très rapidement la panique ! Mes élèves travaillent régulièrement sur l’exerciseur Labomep et me rendent des cartes mentales. Le devoir “les mathématiques sont belles” est donc un format qui change de ce que j’ai l’habitude de demander. En effet, les exercices consistent trop souvent à répondre à des questions standards fermées. Les élèves savent donc comment ils vont être notés et évalués alors que ce travail propose une approche plus créative dans un cadre moins contraignant. Je suis très évasif dans mes consignes et je leur donne uniquement des photos des réalisations des élèves de la première édition sans leur dire comment cela a été fait. Ils ne savent donc pas vraiment par où commencer, comment procéder et comment faire. C’est un saut dans l’inconnu !

Puis, finalement, pour la plupart, ils se prêtent au jeu et apprécient de relever le défi. Ils avancent pas à pas dans ce travail de recherche et de découverte et partagent ensemble ce qu’ils ont réussi à faire durant les pauses et les intercours.

Leurs réalisations ne sont pas parfaites du premier coup. Alors, ils essaient, ils font des erreurs, ils explorent une nouvelle piste, etc… Pour ceux qui décident de s’investir dans ce projet, c’est un travail qui peut prendre du temps. Mais, je crois que quand ils réussissent à produire un rendu épatant, une image unique et librement composée, ils sont souvent très fiers d’eux. Il ne faut pas oublier que ce devoir va au-delà de ce qui est demandé traditionnellement à des élèves en Python !

De mon côté, je ne pensais pas obtenir de si beaux rendus et ce dès la première année !

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Vous avez également conçu un site internet autour de la spécialité NSI. Quand et pourquoi avez-vous eu l’idée de développer ce site ?

En 2019, lorsque j’ai appris que la spécialité NSI serait créée dans mon établissement, cela m’a semblé intéressant de créer un support numérique pour communiquer autour de cette nouvelle spécialité. En effet, elle n’a aucune antériorité et aucun équivalent en classe de seconde : les élèves ne savent donc pas toujours en quoi elle consiste.

La spécialité NSI n’est pas seulement réservée aux passionnés, elle est ouverte à toutes les personnes désireuses d’en apprendre davantage sur l’informatique en tant que science (les fondamentaux, l’algorithmique, la programmation, le numérique). De nombreuses idées préconçues circulent autour de l’informatique. Certains élèves sont parfois inquiets quand on prononce le mot “algorithme”. Ce support numérique est donc l’occasion de rassurer les élèves et de communiquer auprès d’un grand nombre de lycéens avec des profils divers. Nous souhaiterions que la spécialité NSI soit aussi mixte que l’équipe de développement de la calculatrice NumWorks !

Ce site internet est donc à la fois une présentation générique de ce qu’est la spécialité NSI mais aussi une présentation des travaux que font nos élèves qui choisissent de suivre ces cours.

Utilisez-vous les ressources présentes sur votre site en cours ?

Sur le site internet, vous pouvez retrouver des ressources écrites par des enseignements mais aussi par nos élèves.

En interne, d’une part, les élèves qui suivent la spécialité NSI utilisent le site pour publier du contenu et les projets qu’ils réalisent mais aussi pour faire le lien entre des notions vues en cours. D’autre part, pour les élèves qui ne suivent pas la spécialité NSI, c’est l’occasion de découvrir la spécialité et les jeux et applications que nous avons programmés sur la calculatrice NumWorks tels que le démineur, le tetris ou le pacman.

En externe, des élèves d’autres lycées qui suivent également la spécialité NSI, peuvent s’inspirer et trouver des idées pour leurs propres projets. Il est important de créer sur internet du contenu en Python en français, pour l’instant les ressources sont essentiellement rédigées en anglais.

Avez-vous une anecdote sur votre métier de professeur de mathématiques ou de NSI ?

Le métier d’enseignant est un métier d’échanges et d’interactions. Il se construit aussi sur des petits incidents et petites joies. Je dois bien avoir plus de 42 anecdotes différentes. Si certaines sont drôles, d’autres ne peuvent pas être racontées…

Pour m’en donner qu’une seule, il m’arrive parfois de faire sourire mes élèves lorsqu’ils découvrent le sujet du devoir surveillé que je leur ai concocté. En effet, je cache dans mes sujets, diverses références chiffrées et codées (42, 666, 1984…). C’est une façon humoristique de travailler avec les nombres et de détendre l’atmosphère pendant les devoirs surveillés qui peuvent être stressants pour les élèves.

En début d’année, il y a systématiquement un élève qui vient me voir à la fin d’un devoir pour me demander si la présence de tel ou tel nombre est un hasard car il pense avoir découvert un secret…

Mais, il n’y a pas de hasard, ce ne sont que des nombres, c’est universel…